Mardi 20 avril, une explosion embrase la plate-forme pétrolière Deep Water Horizon, située à 70 km au large de la Nouvelle-Orléans dont le gestionnaire est BP. Onze morts sont à déplorer (vite éclipsés). La plate-forme pétrolière sombre en mer à 1500 mètres de profondeur. Six jours plus tard, les fuites s’intensifient. De 160 000 litres de pétrole libérés chaque jour dans l’océan, on parle ensuite de 800 000 litres puis un mois plus tard de 2 à 3 millions de litres par jour, puis de litres on passe aux barils. Les estimations oscillent entre 5 000 barils jour jusqu’à 100 000 barils (15,9 millions de litres). On a comme l’étrange sensation que personne ne sait ce qu’il en est vraiment. Fin avril, les premières plaques de pétrole atteignent la Louisiane. Mis en cause par l’administration américaine, BP déclare qu’elle assumera toute la responsabilité de la marée noire et la nettoiera. La société dit aussi qu’elle paiera des dommages et intérêts aux personnes touchées.
Pour nettoyer, ce sont les pêcheurs de Louisiane eux-mêmes, qui sont appelés à la rescousse par le géant pétrolier, contre 2000 dollars de rétribution par jour. Cette fortune fait affluer les candidats au nettoyage, ceux-là même qui ont perdu leur travail avec la marée noire. Les tentatives de colmatage se succèdent, ainsi que les échecs. On se croirait dans un blockbuster américain. Un classique du genre. Où des héros prêts à tous les sacrifices pour sauver l’humanité, tenteraient de trouver l’ingénieuse solution permettant de stopper l’hémorragie en entretenant le suspense, par une succession d’échecs. Mais la réalité dépasse la fiction. Les semaines, puis les mois se succèdent et la plate-forme continue de déverser son venin. Posé en juin, un « dôme de confinement » permet de siphonner une partie du pétrole. Les dirigeants de BP déclarent qu’ils vont provisionner 20 milliards de dollars pour les victimes. La marée noire aurait partiellement atteint 800 km de côtes mais l’estimation réelle de son impact reste approximative.
Le 15 juillet, pour la première fois, BP parvient à arrêter l’écoulement. Fin de l’histoire ? Certainement pas. Si l’entreprise britannique a subi d’importantes pertes financières ces derniers mois et 40 % de sa capitalisation boursière, elle reste très rentable et a déjà entamé sa stratégie de reconquête. Objectifs : forer en eau profonde, quels qu’en soient les risques. Après trois mois d’écoulement, il reste comme un goût amer d’essence dans la bouche…