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Femmes esclaves

Top-modèles
Vous les voyez se déhancher en avançant d’un pas décidé sur les tapis rouges des défilés de mode. Elles portent des vêtements dont les prix dépassent dix années de salaire d’une smicarde. Elles sont de races, noires, jaunes, blanches. Elles ont entre 15 et 20 ans, mesurent dans les 1,85 m, pèsent entre 45 et 50 kilos avec obligatoirement la taille zéro, des fesses et des poitrines aussi plates que des soles. On croirait que ce sont des « femmes libérées » comme dit la chanson. En réalité elles sont esclaves volontaires des couturiers. Leur régime quotidien ne revient pas cher : une mince tranche de jambon, une salade verte, une biscotte, un pot de yaourt, le tout arrosé d’un verre de thé vert. Pas de sorties en boîte de nuit, pas de petits amis, seuls leur sont autorisés les cocktails mondains. A condition de ne pas s’approcher des buffets et de respecter ce vieil adage macho « Soit belle et tais-toi ! » Leur hantise permanente c’est que leur balance affiche le matin un poids supérieur de 100 grammes à celui de la vieille. Inutile de dire que la déprime et l’anorexie sont pour la plupart leurs compagnes de route et que beaucoup d’entre elles se suicident en repérant une première ride sur leur visage. Voilà ce qu’est au XXIe siècle la tyrannie des « faiseurs de mode » qui imposent leurs propres critères aux richissimes acheteuses de la planète sans se soucier des dommages qu’ils font subir aux pauvres filles consentantes qu’ils exploitent. Voilà ce que Karl Lagerfeld l’un de ces modernes pygmalions vient de dire avec élégance à ce sujet : « Vous avez de grosses bonnes femmes assises avec leur paquet de chips devant la télévision qui disent que les mannequins minces sont hideux ». Sans commentaire.

Les corsets
A toutes les époques la taille fine a été exigée par la mode féminine. Ovide recommandait déjà à ses contemporaines «…Ces enveloppes ingénieuses qui arrondissent la poitrine et lui prêtent ce qui lui manque ». C’étaient des bandelettes enveloppées autour du corps. Au Moyen-Age les dames s’avisèrent de porter un voile léger qu’elles attachaient dans le dos de manière à mettre leurs seins en valeur. Vers 1600 les Françaises adoptèrent la vertugale venue d’Espagne. On appelait ainsi un bourrelet placé au-dessous de la taille afin de mettre les fesses en valeur. Ce ne fut pas du goût des prédicateurs qui brandirent leurs foudres en s’écriant : « Les femmes qui revêtent ces bricoles infâmes portent le diable en croupe. » Puis vint l’époque des paniers, des corsets à baleines qui affinèrent la taille des belles et remontèrent leurs avantages. On affubla ces attirails des noms coquins de gourgandines ou de boute-en-train. Le poète Boursault en fit une chanson : « Un beau nœud de brillants dont le sein est saisi, s’appelle un boute-en-train ou un tâtez-y ! »

Un gaffeur
Le duc de Laval (1768-1837) était critique en matière de mode féminine. Un soir où il était de passage à Naples, il fut invité au théâtre San-Carlo par l’ambassadeur d’Autriche. Après avoir jeté un coup d’œil dans la salle, il fit cette réflexion : « Dieu qu’il y a quatre femmes mal attifées dans la loge d’en face ! Regardez-moi ces laiderons ! — C’est ma femme et ma fille ! » dit l’Autrichien. Comprenant qu’il venait de gaffer, le duc s’empressa de rectifier : « Non, je ne parle pas de ces deux dames-là qui sont fort élégantes mais des deux autres assises à côté d’elles ». Prêt à se fâcher l’ambassadeur répondit : « Les deux autres sont mes sœurs ! » Le duc s’empressa de dire : « Je crois que nous ne parlons pas de la même loge M. l’Ambassadeur… »


24/06/2010 André Besson
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