Le bon roi Henri ne l’a pas été pour les Jurassiens et la Franche-Comté
Selon Paul Delsalle, docteur en Histoire à l’Université de Franche-Comté, les villes jurassiennes ont souffert de l’invasion de 1595.
A l’aube du 400e anniversaire de la mort d’Henri IV, le plus populaire des rois de France inspire toujours la sympathie. N’en déplaise au Roi Soleil, Henri IV occupe une place de choix dans le cœur des Français. Incontestablement. « Le seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire », dit-on. Une mémoire poreuse à certains égards. L’ouvrage de Paul Delsalle, L’invasion de la Franche-Comté par Henri IV, revient sur un épisode tragique de l’histoire franc-comtoise sous le règne du “bon”roi Henri.
Des massacres sanglants
A l’hiver 1595, Henri IV, en guerre contre l’Espagne de Philippe II, se lance à l’assaut du Jura, aidé dans son entreprise par Louis de Beauvau, seigneur de Tremblecourt, et Haussonville.
La prise de la ville fortifiée de Jonvelle, contrôlant l’entrée du comté de Bourgogne appelé Franche-Comté ouvre le bal. C’est avec incrédulité que les Franc-comtois voient l’armée royale violer allègrement la convention de neutralité qui concernait le Bassigny, la vicomté d’Auxonne, la cité impériale de Besançon et les autres enclaves. Les places fortes de Jussey, Chauvirey, Favernay, Mercey et les châteaux de Bourguignon-lès-Conflans, Amance et Port-Saône, capitulent. Les premiers massacres se produisent à Baulay, incendiée et dont une partie de la population est égorgée.
Le siège de Vesoul, mené par Tremblecourt et Hausonville s’achève par la victoire du roi de France, malgré une résistance opiniâtre. La férocité de Tremblecourt s’illustre par des pendaisons envers les réfractaires au versement d’une rançon de quinze mille écus.
Besançon est sommée de renoncer à la souveraineté de l’empereur. Elle finit par céder, de même que tous les villages entre Saône et Ognon.
Seule Salins, alors deuxième ville de la région après Besançon et stratégiquement importante en raison de ses salines, résiste héroïquement. Henri IV renonce à la prendre, dissuadé par ses fortifications et la présence intra-muros de renforts suisses.
Mais le pire est à venir. Après la défaite de Juan Fernandez Velasco, gouverneur du Milanais, le 5 juin 1595 à Fontaine-Française (en réalité, son armée n’a pas été écrasée par le roi de France, mais décimée par la dysentrie), la soif de pillage des troupes françaises s’accentue.
Arbois en fait les frais. Malgré les promesses de Tremblecourt de ne pas faire de tort aux habitants, la ville est littéralement saccagée. Des actes de cruauté sont rapportés, comme la pendaison de Jean Morel. Suite au désastre d’Arbois, Arlay, Lons-le-Saunier, Mouthe et Château-Chalon connaîtront un pillage systématique, éclaboussé de sang.
Une annexion manquée ?
S’il ne fait aucun doute pour Paul Delsalle que le roi de France a violé sans vergogne la neutralité de la Franche-Comté, il est en revanche difficile d’affirmer que celui-ci a véritablement cherché à annexer la province, les témoignages se contredisant.
Il est une raison plausible toutefois : « la Franche-Comté est essentiellement francophone », rappelle M. Delsalle. Il apparaissait logique pour le roi de France que des habitants parlant le français deviennent ses sujets.
Si cet évènement sombre du règne d’Henri IV était fait pour entacher sa réputation, M. Delsalle souligne qu’il fut assez vite oublié. Lorsqu’en 1678, la Franche-Comté est définitivement rattachée au royaume de France, le souvenir local d’Henri IV est celui d’un souverain pacificateur en dépit de méthodes… pas très catholiques.
Dossier réalisé par Paul Normand.
La suite du dossier dans notre édition papier.