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La faute aux hommes

Le week-end dernier, une nouvelle tempête meurtrière a balayé la France. Xynthia — c’est son nom — a causé la mort d’une cinquantaine de personnes. La Vendée a été touchée de plein fouet. A L’Aiguillon-sur-Mer et La Faute-sur-Mer (les bien nommées ?), la rupture d’une digue qui protégeait les maisons de l’océan Atlantique a provoqué une véritable catastrophe. Les habitants ont été surpris dans leur sommeil par une eau glaciale qui, parfois, ne leur a laissé aucune chance ; ils ont péri noyés dans leurs maisons traditionnellement sans étage.
Au temps de l’émotion a succédé la polémique. Le bilan humain est lourd, les dégâts matériels immenses. La nature ne peut porter seule la responsabilité de ce désastre. Impossible, par ailleurs, d’avancer l’argument de la fatalité. Tout juste reconnaît-on une alliance entre le vent, les pluies et la marée. L’homme, qui a mené bataille contre la mer depuis des temps anciens, est coupable.
Les élus locaux qui ont autorisé les permis de construire, ne tenant pas compte — selon les termes employés par la DDE de Vendée — de « la mémoire du risque », ont commis une faute. La politique d’urbanisation des côtes françaises a pêché par ses imprudences. « Il y a des zones où on ne peut absolument pas construire », mais « on subit des pressions », a reconnu la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno sur i-Télé. Autrement dit, préfectures et mairies s’engagent régulièrement dans des bras de fer où s’opposent intérêts collectifs et intérêts particuliers : d’un côté, on cherche à protéger la population ; de l’autre, on veut accroître sa population. Or, a déclaré le président de la République à La Rochelle, « on ne peut pas transiger avec la sécurité ». Est-ce à dire, par exemple, qu’il faut s’empresser de rénover les anciennes digues, dont certaines datent du XIXe siècle ? On peut le penser et le gouvernement a d’ailleurs décidé, dès dimanche, « un plan exceptionnel de renforcement ». Mais cela n’écarte pas le danger. A La Rochelle, c’est un barrage construit récemment qui a cédé sous la pression des eaux. « Avec la conjonction exceptionnelle des éléments, aucun ouvrage n’aurait pu résister », assure un fonctionnaire dans Le Monde. C’est donc bien l’implantation de nombreuses résidences dans les points bas, c’est-à-dire en dessous du niveau de la mer à marée haute, qui a accru le nombre des victimes.
« L’Etat impose des normes […] qui ne sont pas assez sévères », estime le président du Conseil général de Vendée, Philippe de Villiers. Sauf qu’il ne sert à rien d’exiger davantage si les plans de prévention des risques ne sont pas respectés à la lettre. Reste une ultime interrogation : que faire des maisons existantes si les digues n’offrent pas une solide protection ? Le repli stratégique est à l’ordre du jour.
 


05/03/2010 Franck Lacroix
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