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Luttes fratricides
« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge !  » Plus que jamais, cette citation de Voltaire a montré toute sa réalité.
Alors qu’approchent les élections régionales, les chamailleries ont occupé ces derniers jours la vie politique. A gauche, on n’a pas digéré le dernier dérapage de Georges Frêche. Le bouillonnant patron de la région Languedoc-Roussillon s’en est pris à Laurent Fabius. Il a affirmé que, s’il était en Normandie, il ne voterait pas pour l’ancien Premier ministre, parce que celui-ci a « une tronche peu catholique ». Martine Aubry se serait bien passée de cet « incident ». Le trublion pèse lourd avec ses 15 000 voix d’adhérents répartis en cinq fédérations départementales. Il permettrait vraisemblablement de conserver le conseil régional à gauche. Il n’empêche, le Parti socialiste n’a pu laisser passer, les réactions indignées tombant en cascade. A commencer par l’offensé qui a estimé, lundi, que l’attaque dont il avait été l’objet, émanant d’un homme cultivé, avait un caractère « antisémite ». « C’est une expression courante », s’est défendu Georges Frêche. « Je suis le Villepin d’Aubry », a-t-il dénoncé vendredi, se déclarant victime d’une manœuvre de la première secrétaire du Parti socialiste.
Samedi, l’UMP n’a pas été en reste ; elle s’est pris les pieds dans le tapis, alors même qu’elle lançait sa campagne électorale. A peine la moitié des têtes de liste avait fait le déplacement à Paris. Aucun applaudissement n’est venu saluer les noms des candidats retenus, peu ont accompagné le nom du président de la République. Nicolas Sarkozy est soupçonné, quand il n’est pas carrément accusé, d’avoir ordonné au parquet d’interjeter appel après le procès Clearstream, qui avait relaxé Dominique de Villepin. L’ex-Premier ministre de Jacques Chirac n’a aucun doute sur « l’acharnement du président dans sa haine », et le claironne dans les médias. L’opinion publique n’est pas loin de penser la même chose, même si aucune preuve n’a été faite de cette intervention élyséenne. Selon le procureur de la République Jean-Claude Marin, seules ont prévalu des raisons juridiques.
Ces luttes fratricides ne sont pas pour réconcilier les Français avec les politiques, qui montrent là un spectacle déplorable ; chaque camp s’amuse de la pierre dans le jardin du voisin, conscient malgré tout qu’il faudra à un moment ou à un autre passer à la caisse.
Si le PS prend le risque de ne pas réussir, en mars, le « grand chelem » dont rêve la rue Solférino, l’UMP entendra à coup sûr parler de l’affaire Clearstream jusqu’aux portes de la présidentielle de 2012.


05/02/2010 Franck Lacroix
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