Arbois Maladie du bois :là ou l'esca passe, la vigne trépasse

Chaque année, elle grignote plus de 10 % de certains cépages. Avec une perte d'1 milliard d'euros pour la viticulture française.

Publié le : 12/09/2017 à 18:30
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14 % : c’est le triste record dont les vignes jurassiennes se seraient bien passées. Selon les réseaux d’épidémiosurveillance, 11 à 14 % de nos vaillants cépages Trousseau rendent l’âme devant de l’esca. Plus connue sous le nom de maladie du bois, elle touche également 7 à 8 % des cépages Savagnin, avec une perte sèche supérieure à 1 milliard €/an pour la viticulture française (sur un chiffre d’affaires d’environ 12 milliards €/an). D’autres maladies (dont la toute récente flavescence dorée) minent la vigne, mais l’esca se distingue par sa longévité. Les romains déjà désespéraient de sauver les ceps touchés.

Des recherches partout dans le monde

Aujourd’hui, après des décennies de recherche, on n’est guère plus avancés. Ce n’est pourtant pas faute de volonté, comme en témoigne Christophe Bertsch, chercheur spécialisé dans les maladies de la vigne à l’Université de Haute Alsace : « En juin dernier, un colloque a rassemblé les chercheurs du monde entier à Reims. Les avancées se concentrent sur l’épidémiologie, les pépinières, etc. Au niveau des traitements, aucun n’a prouvé son efficacité (même plonger les sarments dans l’eau chaude avant de les greffer).

Une explosion depuis 2001

Nos recherches s’orientent vers l’endothérapie végétale, c’est-à-dire l’injection de molécules à l’intérieur des ceps contaminés. Je lance d’ailleurs un appel aux viticulteurs jurassiens : pour trouver un nouveau traitement, nous cherchons des parcelles pour y conduire des tests dès ce mois de septembre ».

D’après le chercheur, l’esca « explose depuis 2001 »,

ce qui a conduit le gouvernement à mettre en place un « plan de dépérissement national » et 3 millions € sur la table. Une somme importante mais qui paraît assez dérisoire au vu des préjudices subis.

Arracher les vignes malades

C’est pourquoi Jean-Marie Sermier, député du Jura entend revenir à la charge. Dans son rapport déposé le 7 juillet 2016, il tirait avec sa collègue députée Catherine Quéré la sonnette d’alarme : « On demande par exemple qu’un appel à projets soit lancé dans les crédits du ministère de l’Agriculture pour dynamiser la recherche. On préconise également que les préfets puissent faire arracher les vignes malades aux frais des propriétaires et que cet arrachage, quand il est volontaire, fasse l’objet d’une indemnisation par des crédits européens. ». À l’instar un peu de ces immeubles menaçant ruine et la sécurité publique…

« Notre proposition de loi n’est pas passée en 2016, je la dépose donc à nouveau en septembre »

a confié l’ex-viticulteur de Cramans, très impliqué dans cette cause.

La France, 1er pays exportateur

« Les maladies du bois s’attaquant aux ceps de vigne, ont rendu 13 % du vignoble français improductif en une quinzaine d’années. Mais dans le Jura ce pourcentage peut monter à 20 ou 30 % ». Une catastrophe pour un secteur économique qui se portait jusque-là plutôt bien. Comme le souligne Christophe Bertsch, la France reste le 1er pays exportateur de vin au monde. Jusqu’à quand ? Telle est la question. Une question qui concerne même le Clos des Rosières, la vigne historique où Pasteur mena à partir de 1878 ses recherches fondamentales. Véritable laboratoire à ciel ouvert, ces 47 ha comportent ici où là des ceps secs ou des « trous » (ceps arrachés) : les stigmates de l’esca. Ce qui n’a pas empêché la famille Boisset exploitant cette célèbre vigne (située le long de la RN83, sur la commune de Montigny-les-Arsures) de vendanger mercredi 30 août la parcelle désormais propriété de l’Académie des sciences.

Les vendanges les plus faibles depuis 1945

Sécateur à la main, Pascale Cossart secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences venue tout exprès de Paris a donc coupé des grappes de blancs, aidée par de nombreuses personnalités, parmi lesquels figuraient bien évidemment Jean-Marie Sermier, ainsi que les élus arboisiens, mais aussi Marie-Christine Tarby-Maire (fille d’Henri Maire). Même si les récoltes de l’année seront sans doute les plus mauvaises depuis 1945, les vendanges restent la récompense du travail d’une année, les fruits de l’espoir qui combat les coups du sort.

Stéphane Hovaere

Contact : christophe.bertsch@uha.fr

39600 Arbois

stephane.hovaere

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