Champagnole La RN 5, colosse aux pieds d'argile : de nouveaux éboulements sont à prévoir

Deux mois après sa réouverture, l'écosystème économique reste pour partie perturbé.

Publié le : 25/08/2017 à 19:50
1 La Lemme vient lécher les murs de soutènement sur plusieurs kilomètres. 2 Les agents de la Dir Est patrouillent 3 fois par semaine (photo d'illustration).
1 La Lemme vient lécher les murs de soutènement sur plusieurs kilomètres. 2 Les agents de la Dir Est patrouillent 3 fois par semaine (photo d'illustration). -

Champagnole, Chaux des Crotenay, RN5, fermeture, éboulement

Tour d’horizon entre Champagnole et Chaux-des-Crotenay, sur une portion de la RN5 jouxtant les gorges de la Lemme.

« Nous n’avons pas du tout récupéré notre clientèle. On compte toujours une perte d’environ 30 % » : pour Michel Magelli, gérant du restaurant « Le Mikado » (situé à la sortie de Champagnole), l’impact de la fermeture de la RN5 se fait encore durement sentir.

Pas d’aides du RSI

D’après lui, les panneaux routiers indiquant une déviation via Clairvaux ont perduré début juillet « durant la période où un alternat a été mis en place ». Pire, selon un client, cette déviation via Clairvaux serait toujours matérialisée sur les panneaux autoroutiers. De quoi décourager certains clients de reprendre leurs habitudes. Tout cela sans soutien financier : « On aurait aimé que le RSI dégrève une partie de nos charges, mais il faudrait 6 mois de perturbations alors qu’elles ont duré 4 mois et demi ». Même son de cloche du côté des assurances : « Le sinistre aurait dû survenir à moins de 200 mètres de notre restaurant »

« Les habitués vont-ils revenir ? »

Michel Magelli, qui a ouvert il y a 14 ans n’a d’autre choix de de faire le gros dos : « Heureusement, on avait bien travaillé l’an dernier »
A la fromagerie de Chaux-des-Crotenay aussi, on fait grise mine. Sonia Oudot, la patronne s’interroge : « Nos habitués vont-ils revenir ? ». Depuis la réouverture de la RN5 fin juin, la fromagerie tourne grâce aux touristes « qui sont bien présents ». Restent de lourdes pertes financières (-30 % de clientèle durant la fermeture de la RN5) : « Si mon banquier ne m’avait pas autorisé 5 000 € de découvert, j’aurais sans doute dû licencier mon employée à mi-temps ».

« Une route défoncée »

La pharmacie voisine s’en sort à peine mieux, les Fonçinois allant à Champagnole peuvent à nouveau s’y rendre. Mais « le chiffre d’affaires perdu est perdu » (-10 à 19 % ndlr) confie Catherine Piard, qui a été obligée de réduire un peu le volume horaire d’une employée.
Pour le maire de Chatelneuf, Didier Ragot,

la RD 40 entre sa commune et le Vaudioux est « dans un état lamentable, complètement défoncée.

Nous avons subi le passage de gros véhicules malgré nous (camions toupies, bus scolaires, etc. ndlr). Ni le maire du Vaudioux ni moi n’étions chauds pour accorder des dérogations pour leur passage, c’est la préfecture qui les a délivrées directement ». Une préfecture qui aurait des crédits pour refaire les routes, « promesse » restant toutefois assez vague. Autre situation prêtant à confusion : la déviation via la RD 40 n’a jamais été « officielle ».

La RN5 sous surveillance

D’où la difficulté pour obtenir ne serait-ce que des panneaux de limitation de vitesse. Le premier édile a eu le sentiment d’être un peu abandonné face à la « violence » du flux routier : « Le matin et le soir, c’était affolant ». Plus de 350 véhicules/heure auraient été comptabilisés aux périodes de pointe.
Enfin, le maire souhaiterait que la portion de la RD40 entre les deux villages soit élargie (à l’instar de la portion Pont de la Chaux-Chatelneuf). Face aux usagers qui pointent un défaut d’entretien de la RN5, la Dir Est (Direction Interdépartementale des Routes Est) réagit : « La route est surveillée régulièrement, en particulier les ouvrages d’art (ponts, murs, etc.).

Une patrouille est effectuée trois fois par semaine.

Et la chaussée (enrobé) est refaite par tranches ». Mais le chantier est titanesque : tous les murs (de soutènement ndlr) seraient à refaire. De quoi engendrer une route en alternat « à l’année » ! Avec à la clé de nombreux désagréments pour les usagers, les collectivités locales, etc. Autre problème en filigrane : les crédits venus de Paris ne sortent pas de la corne d’abondance, d’autant plus que de gros chantiers (falaises entre Morez et les Rousses : « Fer à cheval » et lieu-dit « Sagy-Bas »,) sont jugés prioritaires et feront l’objet de gros travaux entre le 21 août et le 20 octobre.

« Il y aura d’autres
éboulements »

La Dir Est espère avoir les moyens financiers de remédier à certains problèmes mais confirme : « Il y aura d’autres éboulements ». Tels l’épée de Damoclès tranchant les gorges de la Lemme.

Stéphane Hovaere

39300 Champagnole

stephane.hovaere

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