L'or blanc des pâturages fait (bien) vivre 85% des éleveurs jurassiens

Elles font partie du paysage. Mais connaissez-vous les milliers de Montbéliardes qui égayent nos champs ?

Publié le : 19/05/2017 à 19:50
Chaque montbéliarde ingurgite 15 kg de foin, 5 kg de regain et 3 kg de céréales par jour. A droite, l'étable où séjournent les 60 vaches durant l'hiver.
Chaque montbéliarde ingurgite 15 kg de foin, 5 kg de regain et 3 kg de céréales par jour. A droite, l'étable où séjournent les 60 vaches durant l'hiver. -

Agriculture, lait, vache, comté

Bien mieux que le salon de l’agriculture, la visite guidée d’une ferme par ses exploitants. En l’occurrence, Emmanuel Bergier, 37 ans, qui a repris en 2006 la ferme de son père Daniel. Un éleveur taxé de « farfelu » puisqu’il décida dès 1984 d’élever ses vaches Montbéliardes en bio. Mais un élevage précurseur encore en 2017. Son fils perpétue une agriculture raisonnée et ses 60 bovins bénéficient d’un terrain de jeu hyper extensif : 130 ha autour de Molain. Dans les pâtures les plus éloignées, le foin et le regain sont mis à sécher pour nourrir les bêtes l’hiver. Chaque vache ingurgite en effet 15 kg de foin, 5 kg de regain et 3 kg de céréales par jour ; des chiffres qui montent à 900 kg de foin, 300 kg de regain, et 180 kg de céréales par jour pour l’ensemble du troupeau. Hors de question en effet, de nourrir les ruminants avec du foin fermenté (ensilé). Idem pour les apports en céréales (avoine, orge, tritical) strictement rationnés (pas plus de 1800 kg par an et par vache). « Le cahier des charges du comté nous impose ces règles, qui sont contrôlées via nos factures » explique le jeune éleveur.

Le lait à comté se vend (très) bien

Les 60 vaches engloutissent également 7.200 litres d’eau par jour, provenant forcément du réseau, car à Molain point de mares ou de ruisseaux à l’horizon.

« C’est la qualité du fourrage, et même de l’eau qui fait la qualité du lait »

explique le Groupement de Vulgarisation Agricole (GVA) à l’origine de cette journée annuelle « ferme ouverte ». Une qualité qui a un prix : le tourteau standard (ajouté aux céréales) vaut 500 €/tonne, le tourteau bio 700 €/tonne et le tourteau avec OGM seulement 280 €/tonne. Heureusement, le lait à comté ne s’est jamais aussi bien vendu : 0,52€/litre et même 0,63€/litre en bio (contre 0,28 à 0,30 € pour le lait standard).

50 kg de bouses par jour

Ce qui permet aux éleveurs jurassiens d’investir de grosses sommes : 900.000 € à un million € environ pour une ferme de 45 vaches. « On a besoin de gros bâtiments de stockage, non seulement pour le fourrage, mais aussi pour le lisier et le fumier ». Chaque vache produit en effet 20 litres d’urine et 40 à 50 kg de bouses par jour. Des déchets qui seront les seuls et uniques fertilisants des prairies bio, à condition toutefois d’être stockés à l’abri de la pluie. Le fameux« tas de fumier » tend donc à disparaître des fermes bios… Autre évolution notable : des engins agricoles toujours plus performants et puissants. « On n’a que quelques jours pour faire les foins » explique Emmanuel Bergier, « il faut donc des engins adaptés ». De lourds investissements, qui expliquent pourquoi un éleveur en lait standard a du mal à se reconvertir en lait à comté. D’autant que la réussite du comté réside dans l’organisation d’une filière très structurée, qui délivre à chacun des droits à produire, remplaçant les quotas laitiers disparus en 2012. « Seuls 3 à 4 nouveaux éleveurs par an sont inclus dans la filière comté » retrace le GVA. Mais 85% des éleveurs jurassiens produisent déjà du comté : une chance pour notre département, d’autant plus que sa cote d’amour ne faiblit pas, et se classe 3ème fromage préféré des français (après le camembert, et le chèvre).

Stéphane Hovaere

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