Champagnole Jouef, l'âge d'or industriel de Champagnole et du jouet

Plus de 1 200 salariés, et un nom entré au Panthéon du train miniature. Retour sur une épopée industrielle légendaire.

Publié le : 10/10/2017 à 19:00
1 Didier Mathey présente le circuit Jouef de 6 mètres sauvé avant la délocalisation en Italie 2 Beaucoup de femmes travaillaient dans les ateliers dans les années 90.
1 Didier Mathey présente le circuit Jouef de 6 mètres sauvé avant la délocalisation en Italie 2 Beaucoup de femmes travaillaient dans les ateliers dans les années 90. -

Champagnole, Jouef, légende, train

Les premiers TGV et leurs records de vitesse fulgurants (380 km/h en 1981), ou le « Sud-Express » et sa motrice BB 9003 (record du monde 1955 avec 331 km/h) : qui a oublié les heures de gloire ferroviaires françaises ? Certainement pas les ex-salariés de Jouef, qui ont assemblé durant près de 60 ans des millions de modèles réduits, imitant à l’échelle HO (1/87e) ces trains emblématiques. Jouef (contraction de la marque « Le Jouet Français »), reste aussi dans la mémoire collective comme la marque phare du train miniature.

« On aimait notre travail »

Combien d’enfants ont bondi de joie en découvrant un coffret Jouef au pied du sapin de Noël ? Didier Mathey, 50 ans, était de ceux-là :

« J’ai commencé à jouer au petit train, puis je les ai fabriqués !

À partir de 1988, je changeais entre autres les moules servant à fabriquer les trains mais aussi les décors (maisons, arbres, etc.) ». Comme près de 700-800 salariés, le mécanicien régleur de 21 ans s’estime alors fier de travailler chez le numéro 1 français et un des plus gros employeurs du bassin champagnolais.

Le succès des TGV

« On aimait notre travail, il y avait une bonne ambiance. Des pots marquaient le début des vacances, on supportait également l’équipe de foot maison.

C’était l’entreprise où j’ai sans conteste le mieux travaillé ».

Ce malgré des machines vieillissantes, de « vieux coucous » qui parvenaient à remplir un wagon (réel !) entier de modèles réduit par semaine.

« Avec peu de moyens, on arrivait à faire de belles choses. J’étais chez Jouef quand on a sorti le TGV atlantique (gris-bleu). Un vrai succès qui a vraiment relancé l’entreprise dans les années 90, on a même dû revenir aux 3 x 8 pour produire ». Selon Didier Mathey, Jouef s’était taillé la part du lion grâce à un positionnement milieu de gamme : des trains économiques et simples, aux détails moins poussés que le concurrent (Hornby) mais résistants aux manipulations enfantines.

Licenciements et drames

Hélas, le marché se retourne dans les années 90, avec l’apparition de nouvelles modes. « En 1996, la société connaît un second dépôt de bilan, elle est rachetée par Rivarossi, un concurrent italien » se rappelle Didier Mathey. « À l’issue de négociations avec la ville, les sites de Champagnole sont sauvegardés pour 5 ans. Mais à l’issue de cette période, Rivarossi délocalise en 2001 toute sa production en Italie et les trois usines champagnolaises se vident.

Un coup dur pour l’économie locale : « Le mari et la femme ont été licenciés en même temps dans de nombreuses familles » témoigne Didier Mathey.

De petits trésors sauvés

Reste de cet âge d’or les trains miniatures, qui fonctionnent toujours pour le plus grand bonheur des collectionneurs du monde entier. Ceux de Champagnole se sont regroupés dans l’association « Jouef 39 », qui leur permet de partager leur passion. Mais aussi de sauvegarder un précieux patrimoine : « Quand les usines ont été délocalisées en Italie en 2001, quelques employés ont planqué les plus beaux circuits dans les greniers de l’hôtel de ville en disant : ça au moins, ils ne l’auront pas ! ». Jouef 39 a donc exhumé ces trésors et a remonté dans son local, un circuit d’environ 6 mètres de long, ne comprenant pas moins de six trains qui peuvent circuler en même temps.

Une locomotive à 500 €

Pour les néophytes, les trains d’occasion restent d’ailleurs les plus accessibles : « 40 € environ pour une locomotive, contre 120-150 € pour un modèle neuf ».

Preuve que la passion n’a pas de prix, « une locomotive à vapeur, avec toute une panoplie de bruitages, l’éclairage et même la fumée qui sort de la cheminée coûte plus de 500 ! ».

Jura modélisme à Poligny serait d’ailleurs le 2e magasin de France (grâce aux ventes par correspondance) selon Didier Mathey, désormais collectionneur avisé. Quant à la marque commerciale Jouef, elle perdure pour le plus grand bonheur de millions d’enfants devenus grands. Jouef est mort, vive Jouef !

Stéphane Hovaere

Contact : Jouef 39
06 07 51 80 87

39300 Champagnole

stephane.hovaere

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