Champagnole Encore trois mois à tenir : les sinistrés de la RN5 en (grande) difficulté

La coupure de cet axe international de transport depuis le 17 février coupe aussi les vivres de l'économie locale.

Publié le : 07/04/2017 à 18:50
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Eboulement RN5. Economie. Sinistrés. Commerce.

Malgré l’annonce par le préfet de travaux pour réouvrir la route fin juin, plusieurs chefs d’entreprise sont aux abois.

“En semaine, ma salle de restauration est vide. Une seule cliente fidèle vient déjeuner tous les jours”.

Pour Christine Prieur, 67 ans, la fermeture de la route qui borde l’hôtel restaurant “Les Gourmets” pourrait bien sonner le glas de cet établissement qui possède allure et cachet : “Au début, ce n’était qu’un routier, mais nous avons travaillé dur pour en arriver là”. Drapée dans sa dignité, elle confie avoir refusé les interviews de France 3, préférant faire bonne figure à Champagnole, où elle réside. Face à la route désespérément vide, qui pourrait rester insensible à sa détresse ? Et pourtant

” Tout le monde s’en fout, y compris les politiques et mon banquier. Cependant, j’aime les gens, mes clients ne manqueront si je dois déposer le bilan en fin d’année”.

30% de pertes

En attendant, la courageuse restauratrice a divisé en deux sa salle et attend ” vraiment les bons client qui ont réservé”. Même son de cloches à Chaux des Crotenay : au centre du village, la fromagière fait pâle figure : ” Je suis là depuis 12 ans, et j’ai acheté la fromagerie en janvier 2016 avec mon mari”. Avec une perte de clientèle estimée à 25-30% par son comptable, comment faire face aux emprunts et aux charges ? “J’ai été obligé de pleurer auprès de mon banquier pour obtenir un découvert de 5.000 €, mais cela sera-t-il suffisant pour tenir jusqu’en juin ?

On ne voit plus la clientèle de passage, en particulier les week-end. Comment faire lors je passe de 1200 € à 300 €, comme le week-end dernier ?

Il va falloir refaire notre clientèle cet été, en attendant j’ai été obligé de jeter des stocks de denrées périssables à la poubelle “. Même situation délicate à la pharmacie voisine : ” Avec mon associée, nous avons perdu 10% de chiffre d’affaires en février et 19% en mars. La circulation a beaucoup diminué, car la route est déviée depuis Saint-Laurent et Champagnole. Beaucoup de Foncinois passaient aussi chez nous pour se rendre à Champagnole, car ils non pas de pharmacie. Désormais, ils passent par Syam. Tout celà tombe mal, car nous avons une employée qui revient de congé parental au 1er avril. On va avoir du mal à payer les salaires”. Les chefs d’entreprises on l’impression d’être abandonnées des pouvoirs publics et espèrent surtout que la promesse de réouverture fin juin sera tenue : “Il y a quatre ans, la RN5 avait déjà été coupée presque deux mois au même endroit à cause des rochers menaçants en surplomb. Et les travaux n’avaient duré qu’une semaine !

Nous avons peur que cela recommence”.

Du côté des transporteurs, la situation est plus mitigée. Deux déviations existent : une longue par Clairvaux, entraînant un détour de 30 à 40 km, et une courte par Chatelneuf et le Vaudioux, réservé toutefois aux véhicules de moins de 3,5 tonnes ou à certains types de véhicules comme les bus scolaires.

Une désorganisation

Phillipe Seigle, directeur des transports au conseil départemental précise : “La ligne 519 allant de Foncine et les Planches vers Champagnole peut l’emprunter, mais les écoliers doivent partir environ 20 minutes plus tôt, soit à 6h32″. Autre impact : le cadencement avec la ligne 562 et le temps de conduite des chauffeurs. “Nous avons été obligés de rajouter un bus et un chauffeur pour pallier à ces difficultés, ce qui représente un surcoût d’environ 1.000 € par semaine”. L’addition est encore plus salée pour les transporteurs routiers de Champagnole dont les poids lourds sont obligés de faire un long détour pour descendre du haut Jura. C’est le cas pour les grumiers de Franck Salvi, qui consomment environ 70 l de gazole aux 100 km :

“Nous avons perdu au moins 5.000 € en un mois.

Aux frais matériels (gazole, entretien des 25 camions), s’ajoutent des frais de personnel. En raison des temps obligatoires de conduite, certains chauffeurs ne rentreront chez eux que le samedi au lieu du vendredi soir. On essayait donc de s’organiser pour éviter cet axe, mais comment faire quand un camion chargé en Alsace doit livrer à Genève ? Cette coupure désorganise l’entreprise, car on fonctionne en flux tendu. En outre, nous pouvons difficilement répercuter ces coûts à nos clients pour rester compétitifs.” Pour les transports SLBO (ex-Bouquerod), « 5 à 6 camions montent tous les jours à Morez. Au lieu de faire 80 km, ils en font 150; certains chauffeurs travaillent donc 11h par jour au lieu de 8″. Seule consolation : les camionnettes peuvent passer par Chatelneuf mais tous ces professionnels s’interrogent : “L’Etat se rend-t- il compte de tous ces kilomètres supplémentaires ?”. Reste aussi une question primordiale, celle de la sécurité. Sur les petites routes de Chatelneuf et le Vaudioux, les habitants comptent près de 350 véhicules par heure aux périodes de pointe. Une circulation dangereuse, d’autant que de nombreuses voitures roulent à des allures folles, peut être pour rattraper le temps perdu.

Stéphane Hovaere

39300 Champagnole

stephane.hovaere

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