»
Législatives 2017
Tous les résultats dans votre commune et votre circonscription.

[DOSSIER] Du cannabis bio en bas de chez soi, c’est possible, seulement en Suisse

Depuis mi-février, un cannabis d’un genre nouveau est en vente en toute légalité dans les bureaux de tabac genevois, soit à une cinquantaine de kilomètres du Jura.

Dernière mise à jour : 20/03/2017 à 18:42
IMG_55951.JPG
Dans le bureau de tabac du Président, on vend fièrement ce nouveau produit "miracle".

- « Bonjour, je vais vous prendre 5 grammes d’herbe de cannabis s’il vous plaît. »« Ça vous fera 70 francs s’il vous plaît. »

Nous ne sommes pas dans une ruelle sombre, ni même dans la cave sordide d’une cité, face à un dealer qui nous vend ses produits stupéfiants en toute discrétion sous le manteau, mais bien dans un bureau de tabac, en plein centre de Genève. Ici le buraliste ne se cache pas pour vendre son cannabis. Il annonce même la couleur en grand sur sa vitrine : « Cannabis 100 % légal, 100 % bio, en vente ici ». L’annonce semble tellement stupéfiante que certains clients croient même à un canular : « C’est une blague votre truc non ? »

IMG_5602.JPG

Et pourtant, ce cannabis en vente libre est bien une réalité. Commercialisé depuis moins d’un mois dans le canton de Genève, on le retrouve dans une quinzaine de points de vente. Mais soyons honnêtes, ce cannabis 100 % légal n’a rien à voir avec l’herbe que l’on peut trouver au marché noir. Avec un taux de THC (tétrahydrocannabinol) inférieur à 1 %, soit la limite légale en Suisse, contre 15 à 20 % de THC pour le cannabis cultivé illégalement, cette herbe vendue au grand public à un taux de CBD (cannabidiol) de 20 %, contre 1 à 4 % dans l’herbe vendue au marché noir (lire ci-contre). Un cannabis plus thérapeutique que récréatif en somme, même si la loi helvétique interdit de le vendre comme tel.

65 euros les 5 grammes

Au bureau de tabac Metro-shopping de la gare Cornavin, au centre de Genève, Giuseppe en vend en moyenne une dizaine de pots par jour. « Tout est arrivé très vite, personne n’était vraiment au courant que ce cannabis existait, encore moins que l’on avait le droit d’en vendre. Mon patron a tout de suite sauté sur l’occasion, même si l’on reste discret pour le vendre, pour ne pas choquer les gens. » À 30 francs (28 €) le pot de 2 grammes, et 70 (65 €) celui de 5 grammes, il reste malgré tout plus cher que le cannabis vendu dans les rues de l’hexagone. Pour Giuseppe, qui voit passer beaucoup de frontaliers, l’opération n’a donc que peu d’intérêt : « Beaucoup de Français sont venus se renseigner, savoir s’ils avaient le droit d’en acheter et d’en ramener en France. Bien sûr je leur dis que chez eux ce cannabis est interdit. Pour la plupart il n’a aucun intérêt ; il défonce moins que celui qu’on trouve dans la rue et il est plus cher. » Mais quid des consommateurs thérapeutiques ?

« Beaucoup de personnes de 50 à 60 ans viennent pour en acheter pour calmer leurs douleurs », affirme le buraliste.

Une réalité constatée au Tabac Président, quelques centaines de mètres plus loin. Ici, la vendeuse n’hésite pas à vanter les propriétés thérapeutiques de son produit, semblant ignorer la réglementation qui lui interdit pourtant de le faire. Quand bien même, pour celle qui est née au Sri Lanka, les vertus calmantes du produit ne sont plus à prouver. « Quand j’étais petite, ma grand-mère soignait ses douleurs avec des infusions au cannabis. Ma mère cuisinait avec les graines également. Dans mon pays, le cannabis poussait partout et tout le monde en consommait, sous toutes les formes. Alors quand j’ai appris que je pouvais en vendre, je n’ai pas hésité une seule seconde. Surtout que celui-ci est bio, donc bien meilleur que celui qu’on trouve dans la rue. Pour le moment je ne sais pas encore si des Français sont venus m’en acheter ; vous savez, ici, on ne fait pas la distinction. Et quand bien même, s’ils venaient m’en acheter, je leur en vendrais sans problème ; c’est à eux de connaître la loi dans leur pays. »

Des ventes diversifiées

Si l’argent n’a pas d’odeur, celle du cannabis sent bon le business pour les bureaux de tabac genevois et leur principal fournisseur qui, profitant de la rupture de stocks des premiers jours, a augmenté ses tarifs d’une dizaine de Francs, selon les commerçants de la ville. Au bureau de tabac Metroshopping, les ventes se sont également diversifiées, pour coller au plus près à ce nouveau marché : briquets floqués de feuilles de cannabis, broyeurs à herbes, feuilles à rouler, tout l’attirail du parfait petit fumeur en libre accès.

IMG_5581.JPG

Reste maintenant à savoir si les Jurassiens seront réellement tentés par une escapade chez les Helvètes pour s’en rouler un petit.

Pensez-vous que le cannabis devrait être légalisé en France ?
Voir le résultat
Chargement ... Chargement ...

Photo de Joffrey Fodimbi

Joffrey Fodimbi

Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image