Disparition : La dernière note du Père Claude Duchesneau

C’est avec stupeur et émotion que les fidèles du diocèse de Saint-Claude ont appris, dimanche matin, le décès du [...]

Publié le : 30/04/2003 à 00:00

C’est avec stupeur et émotion que les fidèles du diocèse de Saint-Claude ont appris, dimanche matin, le décès du Père Claude Duchesneau.
Rien ne laissait présager que l’homme charmant, courtois et affable qu’il était, s’en irait aussi rapidement. Avec Claude Duchesneau, l’Eglise perd un fidèle serviteur et notre monde un homme aux multiples talents.
Ouvrier fidèle
Claude Duchesneau n’est pas un Jurassien d’origine. Né le 18 juillet 1936 à Charleville, il est ordonné prêtre vingt trois ans plus tard, le 21 décembre 1963, en la collégiale Notre-Dame de Dole.
Alors qu’il est vicaire aux Cordeliers, les autorités diocésaines ont tôt fait de discerner sa capacité de synthèse, sa mémoire sûre, sa vive intelligence et sa clarté d’élocution. Il sera professeur.
En 1969, voilà le P. Duchesneau étudiant à l’Institut supérieur de liturgie dont il devient diplômé en 1972. Retour dans le Jura, à Montciel précisément où il est nommé professeur du Grand séminaire. Son passage parisien ayant laissé quelques traces, alors que le Grand séminaire de Montciel ferme ses portes, faute de candidats, il est nommé membre de l’équipe du Centre national de pastorale liturgique (CNPL), ce qui l’amène à donner des cours à l’Institut catholique de Paris. Soucieux de ne pas se couper de la vie paroissiale, il fait également partie, durant quelques années, de l’équipe de prêtres chargée de la paroisse Saint-Séverin, dans le Ve arrondissement de Paris. Son audience y rayonne largement.
En plus de ses cours, devenant à force de travail un spécialiste unanimement reconnu en liturgie, il en vient à animer des sessions dans les pays francophones, à écrire des livres, à collaborer à des revues spécialisées, comme Célébrer, la revue éditée par le Centre national de pastorale liturgique dont il fut longtemps une des chevilles ouvrières.
En retraite de ses activités professorales en 2001, le P. Duchesneau continue à vouloir demeurer un fidèle ouvrier. En juin de la même année, il est nommé vicaire épiscopal pour la région de Dole. Ne renonçant pas pour autant à animer, de temps à autres, des sessions de liturgie, le voilà confronté aux réalités du terrain. Proche des prêtres et des paroissiens, il met toute sa compétence à dire ce que dit et fait l’Eglise quand elle baptise ou célèbre des obsèques.
Un esprit ouvert
Tout le travail de Claude Duchesneau, en tant que professeur et pédagogue, fut un chant de louange au Seigneur. Musicien dans l’âme, amateur de musique sacrée, il n’avait de cesse de travailler à vivifier la musique liturgique. Son œuvre de compositeur atteste, là aussi, sa compétence et la richesse de ses talents. Ami de musiciens comme Michel Chapuis ou Dominique Joubert, l’amateur de Bach qu’il était voyait dans le chant et la musique sacrées l’expression la plus pure des louanges qu’un peuple adresse à Son Créateur.
On n’insistera pas ici sur les qualités humaines du P. Duchesneau : il détestait tout ce qui ressemble à de la flatterie ou à de l’auto-congratulation. Mais comment oublier, en lui disant adieu, l’homme charmant à l’humour toujours égale qu’il fût. En réunion, son souci de convaincre ne se confondait jamais avec une quelconque prétention à avoir le dernier mot. La goujaterie lui était inconnue. Aussi recourait-il rarement à son immense culture : il était trop délicat pour vouloir en imposer aux autres.
Avec la disparition du père Claude Duchesneau, le diocèse de Saint-Claude perd son dernier représentant d’une espèce en voie de disparition ; celle du prêtre, intellectuel engagé, proche des gens et du terrain.
Avec l’air narquois qu’il adoptait quelquefois, il doit être quelque part, là-haut, à nous observer. Sans doute devise-t-il avec saint Augustin ou le P. Congar, louant les merveilles de ce monde qu’il a tant aimé.
Pierre Compagnon
Le dimanche 4 mai, au sanctuaire Notre-Dame de Mont-Roland, la messe de 11 h 15 sera célébrée à l’intention du P. Claude Duchesneau.
Les offices de prière du lucernaire (18 h 30), de la présente semaine de Mont-Roland, seront également célébrés à l’intention du P. Duchesneau.

Un ami vient de nous quitter
C’est un ami qui vient de nous quitter. Claude a d’abord été pour moi le spécialiste de la liturgie avec qui j’ai été appelée à travailler. Mais très vite derrière l’expert, j’ai découvert un homme bon, affable, courtois, urbain, poli, prévenant.
Claude m’a toujours impressionnée par sa culture, mais je voyais aussi en lui un esthète, un musicien (qui de nous n’a jamais chanté un refrain de sa composition ?). J’ai découvert également l’artiste peintre : chez lui, entre le piano, les livres, les partitions, on admirait des tableaux dont certains étaient de lui. Sa porte et son cœur étaient toujours ouverts. Souvent, il m’a prêté son studio parisien lorsque j’avais des réunions dans la capitale, et je sais qu’il le faisait volontiers pour d’autres également : il laissait autrui entrer dans son intimité. C’était une grande marque d’amitié et de confiance.
Nous brassions des idées dans des discussions autour d’un verre où l’on évoquait le monde et l’Eglise, sur lesquels il portait un regard d’espérance, sans jamais dénigrer quiconque mais analysant clairement ce qui fonctionnait mal et osant le dire.
Il s’intéressait à la vie de ses amis, savait partager leurs soucis sans étaler les siens. Sa discrétion nous aura peut-être empêché de voir à temps ses soucis de santé…
Claude, ton sourire discret mais chaleureux, restera toujours un signe de Dieu miséricordieux que tu célébrais si bien.
Élisabeth Dizière

Une amitié qui rayonne
« Claude est entré dans la vie de gloire du Ressuscité, déjà commencée depuis sa naissance. La séparation momentanée est toujours douloureuse. Car ce n’est pas seulement un grand spécialiste de la liturgie et du chant qui disparaît à nos yeux, c’est un ami que nous ne rencontrerons plus désormais dans les relations de travail et d’amitié que nous avons vécues. Depuis de longues années, nous avons travaillé ensemble. Tout a commencé lorsque les magnétoscopes sont apparus sur le marché. Nous avons alors formé des lecteurs de la Parole de dieu et des animateurs liturgiques. Puis ce furent les grands rassemblements diocésains comme celui de Vaux-sur-Poligny et le démarrage d’une formation sur le terrain pour les baptêmes, avec la fabrication d’un film. Nous mîmes sur pied les gros chantiers de restauration des églises, afin de traduire visiblement dans les lieux de célébration les orientations majeures de Vatican II. Nous assurâmes aussi la mise en route d’équipes d’animation pour les enterrements et la création pour la radio diocésaine (RCF-Jura) de deux émissions : Le Jour du Seigneur et Théo : les chercheurs de Dieu. Dans ces domaines se résument, bien brièvement, des instants plein de toute la compétence et de l’amitié de Claude. »
Jean Ratte

Voix du Jura

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