Bletterans Chronique d'une mort annoncée pour Bricomarché, ses clients et ses dix salariés

Rayons presque vides, remises à -90%. A quelques jours de sa fermeture définitive, une ambiance surréaliste règne dans la grande surface de 2500 m2. Les clients disent tout.

Publié le : 16/02/2017 à 17:50
Des rayons presque vides, une ambiance surréaliste.
Des rayons presque vides, une ambiance surréaliste.

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Commerce. Fermeture. Réactions.

« La fin de nos emplois n’est pas à négocier, contentez-vous de la remise affichée. Nous vous invitons …/…à respecter le personnel » : dès la porte d’entrée, ces affiches donnent le ton. Ces trois dernières semaines, Bricomarché Bletterans a vécu de folles heures. D’après certains clients, il y a eu une affluence massive, impressionnante, lors des jours de pointe : « entre 10 et 15 fois un jour normal » d’après un habitué, client depuis 2007. Avec des remises faramineuses (-20%, -40%, -70%), pas étonnant que le personnel ait été noyé sous une marée humaine à la recherche de LA bonne affaire. Pas étonnant non plus d’attendre très longtemps pour obtenir un conseil auprès de vendeurs pris d’assaut.

« Vous êtes des escrocs »

Mais René, client régulier de Tassenières a été témoin de scènes beaucoup plus surprenantes, voir choquantes :

« Un employé a été pris à partie par un client excité qui l’a traité d’escroc, car il ne voulait pas faire une ristourne supplémentaire sur les -40% affichés. Il a même fini par le menacer en lui disant : on se retrouvera dehors ! Le directeur est intervenu aussi rapidement qu’énergiquement pour protéger son salarié et mettre dehors de l’individu agressif. Mais depuis un vigile monte la garde et des panneaux d’avertissements ont été posés sur les portes d’entrée ».

Si la tension a diminué au fur et à mesure que les rayons se vidaient, elle a laissé place à un sentiment de tristesse mêlée de révolte ou de colère.

L’humain d’abord

Pour Maryse, d’Arlay : « C’est un immense gâchis pour tout le monde. Il y avait des tarifs attractifs dans ce magasin de proximité : je venais souvent voir les fleurs, les nouveautés. C’était aussi un lieu de rencontre, où on retrouvait parfois des amis, et toujours des vendeurs aux petits soins qui n’hésitaient pas par exemple à transporter objets lourds ou volumineux jusqu’à la voiture ». L’humain d’abord : telle était la devise de Bruno Raimondi, directeur et son équipe : « On connaissait les vendeurs » poursuit Maryse. Certains étaient même devenus des confidents, à tel point qu’une cliente souhaitant rester anonyme a pleuré à chaudes larmes la disparition de son commerce de proximité. « Pourquoi n’a-t-on pas été consultés par Bricomarché ? Pourquoi n’a t-on rien pu faire ? ». Autant de questions sans réponse pour des clients un peu déboussolés, Bricomarché ne souhaitant pas communiquer sur ce sujet. Mais pour Albert de Bletterans, la réponse est claire :

« Depuis l’arrivée du plus grand Bricomarché de France à Lons-Montmorot, il fallait tuer la concurrence fratricide et remplir ce dernier ».

Reste à savoir si les nombreux clients rencontrés seront disposés à faire 10, 15, 20, 30 km pour se rendre à Lons. « Magasin trop loin, trop grand, manque de conseils ». Pour certains, la réponse est claire : « j’irai aux Briconautes, à Saint-Germain du Bois, un magasin à taille humaine où il y a encore du conseil ». Chose impossible pour Denis, qui venait à pied depuis Ruffey-sur-Seille…

- 90% sur tout le magasin

Reste une question : que deviendra l’immense Bricomarché (2500 m2 accolés à l’ex-Lidl, lui aussi vide depuis son transfert à quelques centaines de mètres) ? D’après nos recherches, le magasin est officiellement en vente depuis environ 3 semaines. Quant à la dizaine de salariés et au directeur, aucun n’a souhaité témoigner sous la pression du groupe Bricomarché, aucun n’ayant du reste reçu de lettre de licenciement. Tout au plus sait-on qu’ils devraient en principe rester en poste jusqu’à la mi-mars pour procéder eux-mêmes au dépeçage de leur lieu de travail et de vie (rangement, nettoyage). En attendant la fermeture définitive des portes, le samedi 25 février, Bricomarché brade le peu qu’il lui reste à ? 90%. Autant dire qu’il donne presque tout, après avoir offert ses services et ses biens à une clientèle de proximité pendant 10 ans.

Stéphane Hovaere

39140 Bletterans

stephane.hovaere

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